Valorant

Valorant en 2020 – Partie 2 : Un nouvel Esport

Suite de notre bilan 2020 de Valorant. Cette année était la première du FPS aux ambitions compétitives de Riot Games. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le programme était chargé.


Trouver le format juste

Si les joueurs peuvent s’amuser sur le Spike Rush ou à se jeter des boules de neige, Valorant est avant tout pensé pour la compétition et le spectacle. C’est un jeu pour ceux qui sont à la poursuite de l’excellence et veulent se dépasser. En bref, Valorant est un jeu résolument pensé pour l’esport. La bêta fermée a déjà été l’occasion de voir fleurir de nombreux tournois, organisés par diverses structures ou organisations. Nous même avons eu le plaisir d’organiser notre première Mandatory Cup au mois de mai 2020.

Mais les choses sérieuses ont démarré au lancement officiel de Valorant. Riot Games a lancé une initiative assez inédite : les Ignition Series. Il s’agissait d’une série de tournois supportés directement par Riot Games, tout autour du monde. La particularité venait du fait que ce sont les organisateurs des tournois qui en décidaient la forme. Le nombre d’équipes, le format, les récompenses et les modalités de stream; autant de paramètres laissés à l’appréciation des structures.

Pour les joueurs, cela leur donnait des opportunités régulières de prouver ce dont ils étaient capables, afin de se faire repérer par des structures. Les plus forts d’entre-eux pouvaient même mettre la main sur du cash prize. Pour Riot Games, cela permettait de jauger l’intérêt du public et des joueurs pour les différents formats et d’étudier les comportements des professionnels afin d’équilibrer le jeu. Des leçons qui auront été très pratiques pour lancer le Valorant First Strike à la fin de l’année.

Les Ignition Series ont démontré que les spectateurs et les joueurs voulaient surtout assister à des compétitions ouvertes. Trop souvent, les tournois étaient réservés à des équipes invitées. On assistait donc à des compétitions où les participants étaient là pour leur popularité plutôt que pour leur niveau. En conséquence, les équipes moins populaires avaient encore moins de chances de se faire connaître et ne pouvaient prétendre aux cash prizes. Fermer ainsi la compétition est une très mauvaise idée lorsque l’on cherche à lancer un jeu esportif.

En conséquence, Riot Games a organisé le Valorant First Strike. Des championnats régionaux ouverts à toutes les équipes. La compétition s’est étalée sur un mois complet et les structures comme les équipes indépendantes étaient toutes logées à la même enseigne. C’est ce qui a permis, notamment en Europe, de voir de nombreuses surprises, que nous aborderons plus tard.


Les pionniers de Valorant

Revenons en arrière, au lancement de la bêta de Valorant. La scène esportive s’est construite à des rythmes différents selon les régions du monde. Aux Etats-Unis, c’était l’effervescence. Toutes les structures esportives ont tenu à aligner une équipe très rapidement. Une manière de manifester son intérêt pour Valorant et positionner sa marque très tôt dans l’histoire du jeu. On a donc retrouvé Cloud9, TSM, Immortals, Dignitas et bien d’autres.

En Europe, les structures se sont montrées bien plus frileuses. Si G2 Esports et Ninjas in Pyjamas ont aligné des équipes très tôt après la sortie officielle du jeu, la plupart des autres structures ont pris leur temps. Team Liquid s’est lancé en août. Team Heretics a attendu jusqu’au mois d’octobre. D’autres comme Team Vitality ont déjà annoncé leur arrivée prochaine, mais certains grands noms restent étonnamment silencieux. On attend toujours de voir si Fnatic ou Na’Vi comptent recruter des joueurs sur Valorant.

Ce manque d’entrain a beaucoup affecté les joueurs en Europe. Beaucoup désespéraient d’être repérés par une structure. Beaucoup de joueurs ont misé sur Valorant et ses tournois, sans être soutenus financièrement, pour ne recevoir finalement aucune offre. Cela a entraîné l’abandon de plusieurs talents et la séparation d’équipes, ainsi qu’une certaine forme d’envie vis-à-vis du fonctionnement outre Atlantique.

Et pourtant, on remarque aujourd’hui que la scène européenne est plus stable que la scène américaine. De nombreuses structures qui s’étaient précipitées à recruter des joueurs, ont finalement regretté leurs choix. On peut citer notamment T1 ou, plus drastique encore, 100 Thieves qui ont mis du jour au lendemain leurs joueurs sur la touche pour leurs mauvais résultats. Des décisions drastiques, mais qui auront porté leurs fruits pour les structures (notamment 100 Thieves qui a remporté le First Strike américain), pas forcément pour les joueurs lésés.

Nadeshot exprime sa frustration quant aux performances de son équipe, quelque jours avant de se séparer de 4 de ses joueurs.

L’Europe n’est en revanche pas exempte de turn-over. Les Ninjas in Pyjamas en sont un triste exemple. La structure a aligné pas moins de 3 équipes différentes en six mois, et la dernière en date a perdu à nouveau deux de ses joueurs. C’est tout de même un cas isolé sur le vieux continent. Les mouvements d’équipes que l’on remarque sont surtout différents mix entre les joueurs qui n’ont pas trouvé d’organisations pour les soutenir.


S’adapter ou mourir

Il est difficile pour un éditeur de se faire une place sur la scène du FPS compétitif, surtout quand elle est dominée par Counter-Strike et Overwatch. Mais Riot Games a fait le pari de se jeter dans l’arène malgré tout. Valorant intervient finalement à un moment où le FPS de Valve stagne et où les joueurs du FPS de Blizzard perdent leur intérêt. De fait, on a assisté à un véritable exode que seul Riot Games était capable de générer. Le succès et le suivi de League of Legends est un gage de sérieux pour les joueurs amateurs et professionnels qui peuvent espérer se démarquer dans un jeu d’avenir, qui ne sera pas abandonné et dont les serveurs resteront peuplés.

Il n’est donc pas étonnant de voir la scène compétitive prise d’assaut par les joueurs pro de ces autres FPS. Partout dans le monde, ce sont avant tous les talents confirmés de Counter-Strike, Overwatch, Paladins ou PUBG qui trouvent leur place dans des équipes et des structures. Ils partent avec un avantage non-négligeable puisqu’en plus de leur skill naturel, ils sont entraînés depuis des années à se mouvoir et à appréhender leur environnement avec une caméra subjective. Des qualités indispensables qui leur permettent de dominer le reste des joueurs au lancement de Valorant… pour un temps.

Les joueurs ont progressivement découvert les différences fondamentales qui font l’identité de Valorant. La plus importante d’entre elles étant : c’est un jeu en constante évolution. C’est un point que nous avons soulevé dans la première partie de notre bilan de 2020, mais qui a un impact beaucoup trop sous-estimé sur la scène compétitive, surtout par les professionnels de Counter-Strike. Contrairement à ce dernier, Valorant reçoit régulièrement de nouveaux Agents et de nouvelles maps. Chacun de ces Agents apportent de nouvelles options stratégiques et de nouvelles façons de percevoir les maps. Les maps vont plus loin encore. En proposant chacune des architectures et des gimmicks radicalement différents, elles changent la manière dont on joue à Valorant.

Cela signifie que tous les deux mois, les joueurs doivent apprendre et s’adapter s’ils veulent rester au top niveau. La méta est par nature instable. Ce ne sont pas les joueurs les plus forts mécaniquement qui domineront Valorant, mais les joueurs les plus flexibles.

Nous avons déjà eu différents exemples, mais le plus marquant est probablement celui de Skadoodle. Tyler « Skadoodle » Latham est un ancien joueur pro de Counter-Strike Global Offensive ayant remporté de nombreux tournois, dont plusieurs majors. Il semblait donc être la recrue parfaite aux yeux de T1. Pourtant, alors que le joueur s’était spécialisé sur Sage, la méta américaine a vite évolué pour profiter aux compositions agressives à base de triple duellistes. Incapable de changer son style de jeu avant la fin des Ignition Series, il est temporairement écarté de son équipe afin de pouvoir s’entraîner et se remettre à niveau.


Un FPS Tactique

La talent brut de ces vétérans est également remis en question avec le temps. En Europe, G2 Esports a dominé toute la scène compétitive. L’équipe a remporté absolument tous les tournois des Ignition Series. Mais il était clair en les regardant, et de l’aveux propre des joueurs, qu’ils n’avaient pas de réelles stratégies établies. Leur style de jeu était particulièrement chaotique, mais faisait des ravages. Jusqu’à ce que ça ne suffise plus.

Le Valorant First Strike européen a clairement démontré les limites d’une telle approche. Les favoris ont tous perdu contre des équipes constituées de jeunes joueurs sans expérience de la scène compétitive : SUMN FC et Team Heretics. Contrairement aux vétérans qui abordent Valorant avec des automatismes de Counter-Strike, la nouvelle génération n’a pas ces idées préconçues et est capable de voir les opportunités offertes par Valorant. Ils ne sont pas forcément plus forts en visée ou en réflexe que leurs adversaires, ils sont surtout plus malins, chacun à leur manière. Ils utilisent les compétences et les mécanismes propres à Valorant de manière innovante.

SUMN FC a fait tomber ses adversaires en déroulant des plans bien établis, en utilisant à la perfection une Agents comme Viper qui est pourtant mal-aimée. La Team Heretics, championne européenne suite au First Strike est quant à elle plus flexible et capable de s’adapter aux informations qu’elle récolte. La communication entre les joueurs y est excellente et ils savent estimer quand une situation est à leur avantage ou non.

Nous ne sommes qu’aux balbutiements stratégiques de Valorant. C’était impressionnant de voir Mistic jouer Viper en déployant son Écran Toxique à travers les téléporteurs de Bind ou en lançant parfaitement sa Morsure de Serpent sur le Spike depuis l’autre bout de la map. Tout comme c’était impressionnant de voir loWel jouer Sage en première ligne en utilisant son Orbe Barrière et son Orbe de Ralentissement de manière extrêmement offensives. Ce sont des options qui sont accessibles sur Valorant depuis le premier jour, mais dont on a découvert le potentiel que récemment. Alors imaginez tout ce qu’il nous reste encore à découvrir dans les années à venir ?


Les choses sérieuses commencent

Forts des enseignements des Ignition Series et du Valorant First Strike, Riot Games a d’ores et déjà annoncé le Valorant Champions Tour. Ce circuit officiel démarrera en janvier 2021. Il vise à sélectionner les meilleures équipes du monde lors de tournois régionaux ouverts à tous. Si la situation sanitaire le permet, elles s’affronteront quatre fois par an. L’équipe championne du monde sera consacrée lors du tournoi final, le Valorant Champions, en décembre 2021.

Les équipes professionnelles ont déjà commencé à se préparer. La fin d’année 2020 est marquée par le premier véritable mercato de Valorant. Les structures malheureuses du First Strike opèrent des changements de joueurs et de stratégies. Elles ont environ un mois pour se remettre en question et s’entraîner avant le lancement de la véritable première saison compétitive.

Nous suivrons bien entendu cela avec beaucoup d’attention sur Mandatory, tout au long de 2021.