Valorant

Premier bilan des Valorant Challengers EU

Les Valorant Challengers EU ont vu plus de 500 équipes s’affronter le temps de trois tournois. A l’issue de toutes ces rencontres, huit équipes se sont qualifiées pour le Valorant Masters. A quelques jours de cette prochaine étape, faisons un premier bilan des Valorant Challengers EU.


Un format critiqué

Le format des Valorant Challengers est différent dans toutes les régions. Si le format américain fédère de nombreux adeptes, celui des européens est beaucoup plus critiqué.

La première semaine de compétition, la plupart des matchs se jouaient en Bo1. Résultat, il était tout à fait possible pour une petite équipe de réaliser un hold-up ou à un favori de faire une contre-performance. Il suffit de tomber sur une mauvaise map ou de laisser échapper un avantage, et c’est la disqualification quasi-automatique. Une équipe capable de remporter huit Bo1 de suite reste une excellente équipe, mais une équipe qui perd un Bo1 n’est pas forcément mauvaise.

Le tir a été rapidement corrigé suite aux retours des joueurs professionnels et des spectateurs de la scène. Les matchs se jouent désormais en BO3 à partir des 64ème de finale. Cela rend la compétition plus saine et représentative du véritable niveaux des équipes. En revanche, cela augmente considérablement la durée des matchs et de la compétition, ce qui peut être plutôt éprouvant pour les joueurs. Aux Etats-Unis, la compétition se joue également en Bo3, mais s’étale sur deux semaines, ce qui laisse plus de temps aux joueurs, comme aux spectateurs de souffler.

De manière plus globale, on peut critiquer la complexité des différentes étapes de la compétition. Pas facile d’expliquer pourquoi le Challengers 1 permet de se qualifier au Challengers 2 alors que le Challengers 2 permet de se qualifier au Masters 1, tout comme le Challengers 3. Un spectateur non averti va peiner à comprendre l’enjeux des différents matchs et des différentes étapes. Le circuit global gagnerait peut être à être simplifié ou clarifié.


Des tournois ouverts

La plus grande qualité du Valorant Champions Tour, c’est très clairement son ouverture à toutes les équipes désireuses de participer à la compétition. Nous vous en avions déjà parlé lors de notre bilan des Ignition Series : un jeu esport aussi jeune que Valorant gagne à ouvrir sa scène au plus grand nombre. Si les Ignition Series étaient trop souvent réservés aux grosses structures, le First Strike et le Champions Tour permettent aux talents encore inconnus de se manifester.

Les bienfaits d’une telle approche sont d’ores et déjà visibles. Parmi les qualifiés aux Valorant Masters, on retrouve beaucoup de petites équipes, parfois totalement inconnues il y a quelques semaines. Qui aurait misé sur Dfuse Team ou encore Ballista Esports ? L’esport Valorant se joue au mérite et au talent, plutôt qu’à l’argent des franchises.

Mais le bonheur des uns fait le malheur des autres. De nombreuses grandes structures ont échoué à se qualifier, malgré leur popularité et surtout malgré les moyens investis dans leurs joueurs et leurs entraînements. En Europe, on compte G2 Esports, Fnatic, Team Liquid, Vitality ou OG Esports, mais cette tendance est visible également outre-Atlantique, avec TSM, Cloud9, T1 et NRG.

Il est primordial que les grandes organisations soutiennent l’esport et écrivent les premières pages de l’Histoire de la compétition sur Valorant. C’est grâce à ces grands noms que le storytelling se crée, que les rivalités naissent. Mais à trop moissonner du côté des vétérans de Counter-Strike, peut-être qu’elles font le mauvais pari. Valorant attire de nouveaux joueurs sans idées préconçues du FPS tactique et qui exploitent le potentiel insoupçonné du jeu. Des joueurs comme Wedid, de l’équipe XSET, est persuadé que ce sont les joueurs qui démarrent leur carrière compétitive avec Valorant qui domineront très prochainement la scène.

Les grandes structures historiques de l’esport hésitent rarement à opérer des changements dans leurs joueurs. On a déjà assisté à de très nombreux turn-over, parfois plusieurs au sein d’une même équipe. Ces échecs au Valorant Challengers risque de motiver un nouveau mercato, alimenté par le vivier de joueurs révélés lors de ces compétitions. En Europe, on imagine que la dissolution prochaine de Dfuse Team en dépit de leur qualification risque d’intéresser les chasseurs de tête.


Côté spectateur

Quand bien même le Valorant Challengers EU motive de très nombreuses équipes et que l’on y voit de nombreuses surprises, les résultats en terme d’audimat ne sont pas encore là.

L’audience sur Twitch se concentre sur la chaîne Valorant Esports EU. La chaîne Valorant généraliste propose le même contenu, mais rebascule régulièrement ses spectateurs sur la chaîne dédiée avec des hosts et des raids. On constate alors un nombre de viewer qui oscille entre 3000 et 10000 spectateurs, en fonction des équipes et des enjeux. (L’heure de diffusion joue probablement un rôle également dans ces fluctuations.)

C’est un score honorable et encourageant, mais peut-être un peu décevant compte tenu de la superficie de la région. La plupart des analystes s’accordent à dire que la scène européenne est celle ayant le plus haut niveau sur Valorant, pourtant elle fait pâle figure vis-à-vis des autres en terme d’audience.


L’Amérique, un exemple à suivre ?

La scène américaine est particulièrement suivie, par exemple. On compte régulièrement plus de 150 000 spectateurs en cumulé. Cela s’explique de plusieurs manières :

– La scène américaine est ultra agressive

En Amérique du Nord, la méta favorise les duellistes. On retrouve souvent 2 duellistes par équipe, quand ce n’est pas 3. Un gameplay bien plus agressif et se basant sur le skill pur plutôt que sur la tactique et les options stratégiques. C’est l’assurance d’assister à un spectacle explosif. Chaotique, mais divertissant.

– Les structures se connaissent bien

Si on ne prend que l’exemple de TSM et de Cloud9, les deux structures se connaissaient et s’affrontaient bien avant Valorant. Ces structures ont des fans déjà acquis à leur cause et qui sont prêts à les défendre coûte que coûte. Ils suivent alors les compétitions comme un véritable feuilleton. Les rivalités sont déjà créées et favorisent le storytelling. Un match Sentinels vs TSM n’est pas un simple match, c’est un clash entre des favoris qui n’hésitent pas à se lancer des piques.

– Les règles de stream sont plus souples

C’est Nerd Street Gamers qui organise la retransmission de la compétition. Ils ont eu le génie d’autoriser le co-stream du VCT nord-américain. Cela signifie que des personnalités comme Ninja ou Shroud peuvent retransmettre les matchs en direct et les commenter par dessus les commentateurs officiels. A lui seul, Shroud cumulait pas moins de 80 000 spectateurs sur sa chaîne, la semaine dernière. La mode étant au React, les fans de Valorant peuvent suivre leur streamer préféré réagir à la compétition, tout en la suivant eux-même sur sa chaîne. Cela diminue peut-être les statistiques du flux officiel, mais cela fait une énorme promotion à peu de frais de Valorant et du VCT.

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– La qualité technique

Les moyens déployés en Amérique semblent incomparables à ceux investis en Europe pour ce qui est de la diffusion. Le VCT NA dispose d’une qualité d’image exemplaire. Les observateurs ne ratent quasiment aucun kill, ce qui semble signifier qu’ils doivent être nombreux et disposer d’un petit délai dans la retransmission. Ce n’est absolument pas le cas en Europe, où l’image est jonchée d’artefacts en cas de mouvement ou de changement de POV, et où les choix des observateurs sont parfois… discutables.


Ce sont tous ces points qui permettent au VCT NA de briller. Même si l’intérêt pour Valorant est différent d’une région à l’autre, l’Europe gagnerait à s’inspirer de certains de ces points.

On ne demande pas aux équipes européennes de changer leur méta. Il est primordial que chaque équipe puisse jouer comme elle l’entend et adopter le style qui lui convient. En Europe, la méta est plutôt lente et tactique. Ce sont les équipes qui prennent les meilleures décisions stratégiques qui l’emportent généralement. Nous avons tout de même eu des exemples d’équipes comme Chakalaka et Ballista qui adoptent le style plus brut des nord américain avec un certain succès. Si Riot Games voulait que Valorant soit toujours aussi explosif qu’aux Etats-Unis, ce serait aux développeurs de changer l’équilibrage du jeu pour privilégier l’action.

Pour ce qui est de l’historique des structures, tout cela devrait commencer prochainement. On n’a longtemps compté que G2 Esports et Ninjas in Pyjamas comme grandes organisations européennes engagées sur Valorant. Mais depuis seulement quelques mois, on a vu arriver Fnatic, OG ou Vitality, par exemple. Il faut laisser le temps aux histoires de s’écrire et nous ne sommes pas du tout inquiet à ce niveau là.

En revanche, la scène européenne pourrait gagner à ouvrir ses diffusions. Les retransmissions des matchs sont limitées aux chaînes officielles de Valorant et ne démarrent que pour les phases finales. Il est impossible de suivre l’intégralité de la compétition. Comment suivre le parcours et les résultats des équipes quand on ne voit pas la majorité des matchs qu’elles jouent ? Difficile de s’investir dans ces histoires, si on n’en raconte qu’un bout.

Enfin, quand bien même retransmettre Valorant, surtout à distance et en période de crise sanitaire, représente un défi technique, le VCT EU gagnerait à disposer d’une bien meilleure qualité d’image et des observateurs aguerris . Les habillages des streams, les statistiques, l’interface du jeu, etc. Tous ces points manquent de lisibilité en Europe et rendent parfois l’expérience désagréable. Ces petits défauts nuisent à l’immersion et l’investissement, surtout lorsque l’on rate la plupart des éliminations.


En résumé

Le Valorant Challengers EU est perfectible sur bien des aspects. Mais il n’en reste pas moins très encourageant pour le développement de la scène esport. A la manière des joueurs et des équipes, Riot Games et la division esport de Valorant se cherchent encore. Ils tentent différents formats, différentes formules, et en tirent toujours plus de leçons utiles. N’oublions pas que Valorant a moins d’un an et qu’il faudra un moment avant de perfectionner la formule. On ne peut que se réjouir d’assister à des matchs de haut niveau très régulièrement et de voir le soutien apporté par Riot Games à son nouveau venu sur la scène compétitive.


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