Bilan des Ignition Series : un format unique, avec ses forces et faiblesses

Le 7 octobre 2020 à 17:19

Les Ignition Series sont désormais terminées. Le Gamers Club Ultimate 2 qui se tenait le weekend précédent était le dernier tournoi de ce premier circuit compétitif. C’est l’occasion de faire le bilan sur ce format, ou plutôt ce multi-format, proposé par Riot Games.

Cet article est le premier d’une série de bilans concernant les Ignition Series. Nous parlerons prochainement des équipes qui s’y sont illustrées, de l’évolution de la méta et de ce que l’on peut attendre du Valorant First Strike.

Un concept avantageux pour tout le monde …

Les tournois des Ignition Series avaient pour particularité de prendre des formes bien différentes, tout en restant des tournois officiels. Comme vous le savez, Riot Games a préféré laisser différentes organisations se charger de faire vivre l’esport Valorant dans un premier temps. Nous avons alors assisté à des tournois hebdomadaires aux quatre coins du monde et aux règles bien différentes les uns des autres.

Du point de vue des organisations esports, il s’agissait d’une occasion parfaite de manifester leur soutien vis à vis de Valorant. Être les premiers acteurs d’un jeu esport qui deviendra potentiellement aussi puissant que League of Legends est important. C’est à la fois une marque d’engagement forte pour les joueurs et fans de Valorant, mais aussi pour Riot Games et les développeurs. Il s’agit de faire naître une relation avec Riot Games pour d’éventuels discussions et partenariats à l’avenir. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant d’avoir vu G2 Esports être les premiers à organiser un tournoi, étant donnée l’implication de l’organisation dans l’esport League of Legends.

Pour les joueurs pro, cette série de tournois était l’occasion de pouvoir montrer très tôt ce dont ils sont capables. Les Ignition Series ont démarré seulement quelques semaines après le lancement officiel de Valorant. Les joueurs pro qui avaient déjà un historique compétitif sur d’autres FPS ont pu opérer une transition vers Valorant immédiatement. Autrement, il leur aurait fallu rester sur leur jeu d’origine, tout en s’entrainant sur Valorant le jour où une scène esport se lançait… s’ils pouvaient se le permettre.

Pour les joueurs semi-pro et amateurs, c’était également l’occasion de révéler leurs talents sur un jeu où tout restait à découvrir. Il est difficile de pénétrer la scène compétitive d’un jeu comme Counter-Strike ou Overwatch aujourd’hui. Mais sur un jeu comme Valorant, alors que toutes les organisations sont à la recherche de joueurs et que la méta n’est pas établie, c’est l’occasion pour les joueurs les plus talentueux et malins de briller. Aujourd’hui encore, de nouvelles combinaisons d’Agents et d’armes sont découvertes toutes les semaines.

Du côté des spectateurs, les Ignition Series ont permis d’avoir un premier aperçu de ce que valait Valorant en tant que spectacle. Les tournois réguliers mettent en avant les meilleurs joueurs de chaque région qui font alors office d’exemples. Un joueur qui découvre Valorant sur Twitch pouvait immédiatement comprendre le principe du jeu et comment jouer les différents Agents. C’est d’ailleurs une stratégie semblable qui avait été adoptée lors du lancement de la bêta : seuls les spectateurs pouvaient accéder au jeu.

Pour les habitués, c’était l’occasion de vibrer en assistant à l’écriture des premières pages de l’esport Valorant. L’esport repose énormément sur son storytelling; le parcours de ses équipes et de ses joueurs. Les succès, les échecs et les rivalités permettent aux spectateurs de s’investir émotionnellement dans la compétition. Plus que les matchs à proprement parler, ce sont les histoires de ces joueurs que l’on suit, comme un véritable feuilleton.

On n’oubliera pas de sitôt la série de victoires de G2-Esports, invaincu en Europe, tout comme le coup de gueule de Nadeshot qui vire quatre de ses joueurs ou encore la revanche de Bonkar après avoir été évincé de Ninjas in Pyjamas. Chacun de ces épisodes forme une sorte de prologue de ce que sera la scène Valorant à l’avenir.

Enfin, du point de vue de Riot Games, les Ignition Series proposent de nombreux avantages. En laissant d’autres qu’eux se charger de l’organisation des tournois, ils pouvaient observer différents formats et mesurer l’intérêt des joueurs et du public pour chacun d’eux. Des informations qui seront probablement utiles lorsqu’il s’agira de créer un circuit professionnel continu made in Riot. Riot Games se décharge également de certaines responsabilités : pas besoin d’organiser d’événements, de trouver des participants ou d’investir du cash prize. Il s’agissait tout de même d’un pari, puisqu’accorder sa confiance à d’autres pour inaugurer la scène compétitive aurait également pu être un fiasco, que ce soit dans l’intérêt porté par les organisations esports ou par les spectateurs.

… mais qui montre ses limites en Europe.

C’est un peu ce qui s’est produit sur le vieux continent. Aux Etats-Unis et en Corée, le format des Ignition Series a très bien fonctionné. Il y a eu un véritable élan de la part de tous les acteurs du secteur. L’Europe a en revanche montré les faiblesses d’une telle approche. Notre continent s’est en effet montré plutôt frileux vis à vis de la professionnalisation de Valorant. Là où les grandes écuries esports américaines ont été très nombreuses à monter des équipes (quitte à devoir changer ses joueurs en cours de route), les organisations européennes tardent encore à aligner des joueurs. Si G2 Esports est dans la course depuis le début, ayant même lancé le tout premier tournoi des Ignition Series, on attend toujours que Fnatic, SK Gaming ou encore NaVi montrent un quelconque intérêt pour Valorant.

Possible conséquence de tout cela : les tournois en eux-mêmes ont manqué d’ambition. Certains organisateurs de tournois ont préféré organiser de petits événements fermés et réservés à une poignée d’équipes reconnues, plutôt que d’ouvrir leurs portes à des équipes sans organisation qui étaient pourtant parfois plus fortes. De fait, on retrouvait un peu toujours les mêmes équipes confirmées aux Ignition Series, en dépit de leur niveau. Un tournoi comme le Blast Valorant ressemblait plus à un tournoi d’équipes populaires. En lui même, le format du tournoi n’est absolument pas problématique. Cela devient plus dommageable quand la majorité des tournois sont des tournois sur invitation.

Il y a deux problématiques principales, qui peuvent se résumer en un point : cela tue dans l’œuf le développement esportif.

Quand la scène compétitive devient limitée à quelques équipes, cela disqualifie d’office tous les autres joueurs de participer à la fête. Le circuit devient fermé et les compétitions deviennent plus des showmatchs avec les équipes les plus populaires que de véritables tournois. On a vu des équipes comme Bonk ne pas être invitées à différents tournois, alors qu’elles avaient des résultats bien supérieurs à certaines des équipes invitées.

Les pro en devenir ne sont alors pas encouragés à s’entrainer ou à participer. Il existe probablement des joueurs légendaires de Valorant qui n’ont pas encore été révélés. Un circuit compétitif fermé ne leur laisse aucune chance de briller ou de se sentir soutenus. Difficile de se faire repérer par une organisation cherchant à lancer son équipe si on ne nous laisse pas jouer. Difficile également d’inspirer des passions chez les joueurs occasionnels de Valorant dans ces conditions.

La deuxième raison, qui est à la fois plus pragmatique et morale : l’argent. Les tournois Invitationals garantissent aux équipes invitées de toucher un certain pactole. Encore une fois, les invitations se faisant plus sur la popularité que sur le mérite, ce sont finalement toujours les mêmes qui peuvent vivre de l’esport.

Valorant a un véritable problème depuis sa sortie, surtout en Europe. La plupart des joueurs aspirants à devenir professionnels ont commencé à investir de leur temps dans Valorant, dans l’espoir de voir le jeu se développer et des organisations les recruter. Certains ont eu cette chance, mais la majorité peine à se faire reconnaître. Ces joueurs ont également une vie, un travail et des obligations à assurer. Faire vivre l’esport Valorant en donnant autant de soi sans rien recevoir en retour n’est pas encourageant. On voit de nombreuses équipes abandonner Valorant car elles n’ont simplement plus le temps ou les moyens pour assurer des tournois. Et sans joueurs, il est impossible de créer un écosystème esportif.

First Strike : la meilleure solution ?

Il y a fort à parier que Riot Games a établi ce même constat. L’annonce du Valorant First Strike répond en effet aux problèmes cités plus tôt.

Riot Games a eu l’excellente idée d’ouvrir son premier circuit officiel au plus grand nombre. Si on ne connaît pas encore tous les détails relatifs aux inscriptions, Riot s’est d’ores et déjà engagé à créer une compétition basée uniquement sur le mérite. Des tournois qualificatifs ouverts se tiendront très prochainement.

Dans le meilleur des mondes, le Valorant First Strike permettra aux meilleurs joueurs de prouver leur valeur, indépendamment de leurs organisations. Ce sera l’occasion idéale de laisser du sang neuf revitaliser la scène, tout en étant le tremplin idéal pour se faire repérer.

L’Histoire des compétitions Valorant va réellement s’écrire au First Strike. Comptez sur nous pour vous en reparler très prochainement.